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ABSENTE DU 18 AU 26 DÉCEMBRE
( possibilité d'avoir internet dans mon bled paumé, mais pas sur, donc au cas ou !! )


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BONNE FÊTE LES AMIS :D

# Posté le vendredi 18 décembre 2009 15:39

Toujours cet amour avec un grand A . Et pourquoi pas Haine avec un grand H plutôt.

Toujours cet amour avec un grand A . Et pourquoi pas Haine avec un grand H plutôt.
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Kaya Scodelario - Clémence

« Désillusionnée avant l'âge, je dégueule sur la facticité des sentiments. » Hell

# Posté le lundi 06 avril 2009 12:21

Modifié le mercredi 15 avril 2009 02:38

Encerclée par ce cauchemar despotique et mutin.

Encerclée par ce cauchemar despotique et mutin.
Musique :_Eyes On Fire - Blue Foundation

___Je lâche ma valise sur le vieux parquet et me laisse choir sur le fauteuil en cuir près de la fenêtre. Le temps est pluvieux. J'essaye d'apercevoir quelque chose mais la pluie épaisse me brouille la vision extérieure. Ne pouvant rien distinguer à travers la vitre à part la lumière de la maison juste en face, je concentre mon attention sur l'eau qui ruissèle le long de la vitre. Je m'amuse à parier sur la goutte d'eau qui atteindra en premier le rebord de la fenêtre. Jeux d'enfant, gamin et ennuyant.
___La porte de la chambre grince, et une tête apparait dans l'entrebâillement.
« Je peux entrer ? »
___J'hoche la tête. Elle pénètre à l'intérieur de la pièce et dépose sur le lit un plateau repas. Une assiette de légume, accompagnée d'un fruit. Soirée régime.
___Je détourne le regard pour éviter de croiser le sien, et reconcentre mon attention sur les gouttes d'eau. Je peux voir son reflet à travers la vitre, elle se tripote nerveusement les mains, ne sachant pas si elle doit quitter la pièce ou m'adresser la parole. Pathétique.
« J'ai pensé que tu voudrais rester seule, explique-t-elle en me montrant le plateau. Tu sais, pour ta chambre, poursuivit-elle en faisant le tour de la pièce du regard, on va l'arranger. Pourquoi ne pas la repeindre en quelque chose de plus joyeux, jaune ? Ce gris va te déprimer. On ajoutera un bureau pour que tu puisses travailler, et ... Oh j'y pense, on pourrait prendre tes anciens meubles et les aménager ici. »
___Cette femme veut vraiment me pousser au suicide. D'autres idées grandioses ?
___Devant mon regard horrifié, elle se reprend :
« Tu as raison, sûrement une mauvaise idée. Je vais te laisser. »
___Elle s'approche, et m'embrasse le front avant de sortir à grand pas de la pièce. Son parfum m'enivre. Même odeur que celle de mon enfance. Des souvenirs, toujours ces putain de souvenirs. Je sens d'ici son mal être. Ma présence la dérange. Rien à foutre. Elle n'avait qu'à pas proposer ses services. Je ne veux pas de sa pitié, qu'elle se la garde. Besoin de personne, et surtout pas d'une disparue qui refait surface après 10 ans d'ignorance.
___Elle reste derrière la porte, s'attendant surement à ce que je la rappelle. Je n'ai plus deux ans, pas besoin du rappel-calin tel qu'elle me faisait quand j'étais gosse.
___Elle s'éloigne enfin, le parquet grince sous son poids. Je suis maintenant seule. Je me lève pour m'asseoir sur le lit, qui fut celui de mon père quand il était plus jeune et assez patient pour supporter les sautes d'humeur de mon grand père. Heureusement pour moi, il est mort.
___Le matelas, trop mou, me fait rebondir. Super, voila que je vais passer plus d'un an à dormir sur un trampoline. J'attrape la fourchette et pique dans une carotte. Sans grande conviction, je la monte jusqu'à mes lèvres et repose aussitôt l'aliment puant dans l'assiette. Pas assez salé. De plus, toute nourriture me révulse.
___Je sors de mon sac mon paquet de cigarette et m'en allume une. Je ne crois pas que ma grand-mère approuverait ce geste, mais une fois de plus, rien à foutre. Je m'allonge, posant ma tête sur l'oreiller qui contrairement au matelas, est trop dur. J'envoie ma fumée s'écraser contre le plafond.

___Je me réveille au petit matin, ma clope à demi éteinte toujours entre mes doigts, et mes yeux collés entre eux tellement que j'ai pleuré. Sur le dessus de lit, traine un tas de mégot. La chambre pu le tabac froid. J'inspire une grande goulée d'air pour m'imprégner de cette odeur qui généralement me faire vomir. Sans succès pour une fois.
___Je regarde mon portable, 7h30. Maudis coq des campagnes. Je déteste la campagne et ses paysans. Je préfère la ville et son animation, ses soirées. Ici, à part le loto et le bal pourri en printemps, pas moyen de faire la fête.
___J'attrape mon Ipod, et le branche à la vieille enceinte de la chaine hifi de mon père. Je monte le volume au maximum. J'ai eu le droit au réveil pas agréable des animaux de la ferme, les autres vont avoir droit au Cure à fond.
___J'allume ma clope matinale, et ouvre ma fenêtre pour cette fois-ci éviter d'enfumer la chambre. Il fait jour, et je peux constater que le paysage n'a pas vraiment changer. Il est resté tel que dans mes souvenirs. Du vert, du vert et encore du vert. Vive la campagne et ses prairies.
___Une odeur désagréable m'agresse les narines. C'est vrai que cette chambre est juste à côté de l'enclot des animaux. Bienvenue chez poule et compagnie. Quand j'étais petite, les toilettes avaient été installées près de la porcherie. Bonjour l'odeur et les bêtes quand t'avais la sainte poche pleine. J'ai toujours était peureuse, alors la nuit quand je ne pouvais plus me retenir, (jamais été trop pot de chambre) ce n'était pas une partie de rigolade de courir en pyjama dans le jardin. Surtout qu'on est paumé au milieu de nul part.
___Ma grand-mère surgit soudain devant moi, un grand sourire sur les lèvres. Elle m'attrape ma cigarette et l'écrase sur le sol.
« Baisse ta musique, m'ordonne-t-elle. Tu as faim ? »
___Pour toute réponse je marmonne un non, avant de refermer la fenêtre. Je veux être seule, ce n'est pas assez compréhensible ?

___J'ai passé quatre jours enfermée dans ma chambre. Dormir, fumer, chanter, voila comment on peut résumer mes journées. Autant dire que je frôle la famine, j'ai beau ne pas être du genre à manger tout le temps, la bouffe reste tout de même quelque chose de vital. Ce n'est pas avec les restes dégueulasses du premier soir que je vais survivre.
___Je décide donc de tenter une excursion cette après-midi, histoire de me trouver quelque chose de nourrissant. Il doit bien avoir quelques arbres fruitiers dans ce maudit jardin. Février n'est surement pas la saison idéale je sais, mais avec un peu de chance. Au pire je dépouille un des lapins. De toute façon, il faut que je me trouve un endroit avec du réseau, que je puisse enfin parler avec des gens normaux, provenant d'une ville qui contient au moins plus de trois cents habitants.
___J'ouvre la fenêtre de ma chambre, et saute à l'extérieur. Je cours jusqu'à l'orée de la forêt pour être cachée des regards curieux. On ne peut pas dire que beaucoup de monde traine par ici, mais suffit que le vieux grincheux de voisin m'aperçoive pour que tout soit fichu.
___Je sors mon téléphone portable de mon vieux Lewis, que je n'ose pas jeter bien qu'il soit troué de partout. Y a des fringues, c'est sentimentale. Je commence à lever mon bras en quête des petites barres sur mon écran. J'ai l'air d'une débile. Près d'un arbre, dont j'ignore la race, mon portable capte enfin un réseau. Allé savoir pourquoi a cet endroit perdu. J'en profite pour composer le numéro de Jordana, ma "meilleure" amie, si on peut appeler ça comme ça. Avec Jordana c'était compliqué. On disait à qui voulait bien l'entendre qu'on était les " meilleures amies du monde ", on ne sortait jamais l'une sans l'autre pour paraitre soudée et inséparable, mais au fond on se détestait. Juste du paraitre. Je la détestais d'être si niaise, si aguicheuse, si conne, si faux-cul, si lâche, si elle en fin de compte. Dès que je la voyais je n'avais qu'une envie c'était de la claquer, d'arracher ses lèvres toujours souriante, et de lui tirer les cheveux. Elle, elle me haïssait de tout. D'être la première que l'on voit de nous deux, d'être si détestable avec les gens mais pourtant adulée et aimée. Elle me jalousait tellement que cela en devenait grotesque et risible.
___Comme à son habitude, genre elle est mondialement connue et superbement occupée, elle ne répondis qu'au dernier moment, juste avant que sa messagerie ne s'enclenche.
« Alloooo ?
- Jordan, c'est moi
, dis-je blasée.
- Moi qui ? pouffe-t-elle.
- Clémence.
- Oh les filles c'est Clémence,
s'écrie-t-elle à l'autre bout du combiné. Figure-toi que je suis avec Catleen et Christie. On est au Orlando. Ya une ambiance d'enfer.
- J'm'en doute. Julian est là ?
demandé-je d'une voix aussi détachée que possible en me rongeant l'ongle du pouce.
- Comment ? Chérie je t'entends pas bien, ça coupe.
- Julian est-il là ?
retenté-je.
- Ecoute je ne comprends rien, cri-t-elle pour que je puisse l'entendre malgré la musique. Tu sais quoi, rappelle plus tard. Bisous, bisous. »
___Elle coupe la communication. J'ai envie de lui cracher à la gueule et de lui hurler « P'tain salope tu vois pas que j'ai besoin de toi ! J'étais là moi pour tes besoins futiles tel que la mort de ton caniche, ou ton dressing sois-disant vide. ». J'avais juste besoin qu'elle fasse comme si ma vie l'intéressait. Qu'elle me plaigne et me soutienne avec ces discours je-m'en-foutiste.
___Je perçois d'ici ce qu'elles sont toutes entrain de dire sur mon compte, cela doit jaser. « Quelle drogué cette fille ! », « Tu es au courant qu'elle a tenté de se suicider ? », « Sans blague ? Pourtant elle était si bien, je me souviens d'un temps où on était inséparable », « Bien, elle ? Soit pas sotte, cette fille se fait tout le temps vomir ». Au moins j'alimente la discussion et d'une certaine manière, même quand je ne suis pas là, je suis là. Juste pour faire chier Jordana.
___Elles sont si exténuantes à se croire si bien, et si supérieures. Dire que je leur suis identique. Une copie tout de même différente car j'étais la meilleure. Je pourrais l'être toujours, si je n'étais pas dans ce trou paumé. Maintenant Jordana a la possibilité de prendre ma place, depuis le temps qu'elle rêvait que C&C, les potiches de première, soient à ses pieds.
___Je m'assois contre le tronc de l'arbre, et ferme mes yeux. Me vient l'envie de disparaitre, d'en finir, une seconde fois. De toute façon mon existence est si inutile que je ne manquerais à personne. Même les gens génétiquement programmés pour m'aimer et penser à moi, ne sont plus là. Je suis seule. Totalement seule. Dans cette ville à la con, enfin si on peut appeler cela ville, parce que bon avouons que ce mot s'emploie plutôt pour désigner un endroit avec un minimum de population pour la représenter. De plus, toute personne habitant ici est passionnée par la pêche, la chasse, les poules ... c'est pas ma tasse de thé. Ils ont tous plus de 60 ans. C'est bon pour les retraités. Pas pour moi. J'ai besoin de personne qui n'ait pas franchi la barre des quarante ans, l'âge limite pour que je m'amuse et me développe.
___Pas le temps de pousser mes réflexions plus loin sur ce mode de vie primitif, que je m'endors.

# Posté le mercredi 08 avril 2009 18:20

Modifié le samedi 01 août 2009 05:57

J'avance, ne discernant qu'ombre à mon passage.

J'avance, ne discernant qu'ombre à mon passage.
Musique :_Talk Show Host - Radiohead


___J'ouvre les yeux. Le lieu est assez étonnant si on le compare à celui où je me trouvais avant de m'endormir. Je suis dans ma chambre, plus précisément couchée dans mon lit. Oui cela pourrait être normal, mais non cela ne l'est pas. Cela ne l'est pas, parce que quelqu'un m'a retrouvé. Je voulais me laisser crever de faim dans cette forêt, sur cet arbre et voila que l'on vient m'enlever du paradis pour me projeter en enfer.
___Dehors il fait jour. N'arrivant pas à déterminer l'heure, je tapote les draps pour essayer de trouver mon portable. Sous l'oreiller, sur la table de nuit, au fond du lit, dans mon sac à main, mon jean, je le cherche désespérément dans tous les recoins de la chambre, mais il reste introuvable. J'espère qu'en me ramenant ici je ne l'ai pas fait tomber. Il ne manquerait plus que ça pour m'achever. Mon portable est le seul lien que j'ai avec le monde réel.
___Je décide finalement de descendre en bas pour m'informer auprès de ma grand-mère. Je m'extirpe de mon lit et me rend compte que je suis en sous-vêtement. Qui est le con qui a prit son pied en me déshabillant ? Pas d'affolement, cela doit être ma grand-mère et non un sublime inconnu. J'enfile une chemise que Julian m'avait donné, où plutôt que je lui avais dérobé pour conserver son odeur même loin de lui. Je glisse une cigarette et mon briquet dans la poche qui se trouve à la hauteur de mon sein gauche. Puis j'ouvre la porte de la chambre et me retrouve face au couloir. Je crois ne l'avoir emprunté qu'une fois depuis que je suis ici, lors de mon arrivé et qui plus est de nuit. Pieds nu, j'avance jusqu'aux quelques marches qui séparent les chambres du reste de la maison, faisant grincer les lattes du parquet à mon passage.
___Je m'arrête. Il y a du monde. J'entends ma grand-mère parler. Pas qu'elle, des voix, plein de voix, trop de voix. Je recule. Aucune envie de tenir compagnie au club du troisième âge.
« T'as peur ? »
___Je sursaute surprise, et me retourne aussitôt. Un petit garçon se tient derrière moi, le sourire aux lèvres. Il tient dans ses deux mains potelées des petits soldats.
« T'avise plus de me surprendre, répliqué-je maussade.
- Tu m'avais pas vu, hein, s'écrit-il tout content. Je sais me rendre invisible, poursuit-t-il.
- Fascinant, dis-je moqueuse.
- Je revenais du grenier, m'explique-t-il en me montrant une porte derrière lui. Tu n'es pas très drôle toi.
- Je peux savoir ce que tu fiches là ?
»
___Il me pousse et dévale les marches en faisant le plus de bruit possible, « Elle est réveillée ! Clémence est réveillée » hurle-t-il. Les bruits de voix cessent aussitôt, tout le monde s'attend à me voir descendre à la suite de ce gamin bruyant. Je déteste les gosses. Je suis fille unique et n'ai jamais été habituée à voir gambader chez moi des mômes. Les seules fois où je me suis retrouvée avec des enfants en bas-âges cela s'est mal terminé. Heureusement il n'y a eu peu de parents inconscients qui m'ont laissés leurs gamins !
___Je finis par descendre, lentement, voulant leur laisser le temps de contempler la femme que je suis devenue. Je reconnais des gens que j'avais entre-aperçus lors de mes courtes visites quand j'étais encore une enfant. D'autres me sont inconnus, du moins leurs visages ne me rappellent rien.
___Je me faufile entre toutes les personnes présentes pour atteindre la cuisine. J'entends des bribes de leurs chuchotis, du genre « Qu'est-ce qu'elle est jolie ! », « N'est-elle pas trop maigre ? », « Il ne faut pas avoir honte de se trimballer dans ce genre de tenue ». Qu'ils sont cons.
___Une femme se poste devant moi, elle place ses mains sur ses hanches.
« Tu me reconnais ?
- Non.
- Allons. Tu venais pourtant souvent à la maison étant gamine pour jouer avec Annabelle.
- Je m'en souviens plus,
dis-je en la bousculant pour qu'elle me laisse avancer. »
___Je finis par atterrir inconsciemment dans la cuisine. Je suis ailleurs, ma tête me tourne. Même sentiment qu'un lendemain de cuite. Ma grand-mère sort du four un cake, à ma vue, elle esquisse un sourire. Elle pose le gâteau sur la table et m'en coupe proprement une part qu'elle me tend dans une petite assiette. Je regarde le morceau. Il me dégoute. Moi qui pensait avoir faim, comment j'ai pu être aussi bête de croire qu'en quelques semaines l'envie de manger allait me revenir.
« Mange, me conseille-t-elle en me servant un verre de jus d'orange.
- Pourquoi tout ce monde ? demandé-je en ignorant ses précédentes paroles.
- Ils m'ont aidé à te chercher. Il y a beaucoup de recoin pour jouer à cache-cache.
- Pourquoi sont-ils là ?
- Ils voulaient attendre que tu te réveilles. Depuis ton arrivé personne n'a eut le temps de faire ta connaissance. Tu sais c'est un petit village, ici tout le monde se connait, alors dès qu'une nouvelle tête fait son apparition, c'est l'effervescence !
»
___Je suis la bête de foire du mois en quelque sorte. Leur vie est tellement passionnante qu'ils doivent se concentrer sur quelque chose de plus amusant. J'imagine tout à fait leur quotidien insipide. La prière avant de s'endormir, la messe tous les dimanches, levé 6h30 en hiver, 7h30 en été suivant l'humeur de la basse cour. La vie de couple ne peut être plus ennuyante, rien à se dire comme il ne se passe rien. Le sport de chambre est une activité réservé aux grandes occasions, quoique, cela doit être un réel tabou pour tous ses vieux. On a beau dire que le sexe c'est comme le vélo, quand on sait le faire on ne perd pas la pratique, un peu comme les tables de multiplications, mais eux, ils ont tellement pratiqué l'abstinence sexuel, que je suis sûr que le mari ne sait plus dégrafer un soutien gorge sans arracher la peau de sa femme.
Quelle vie gâchée.
« Boit, m'ordonne ma grand-mère en parlant du verre. »
___J'avale le liquide orange d'une traite pour lui faire plaisir. Elle ne me quitte pas des yeux, attendant que je finisse son contenu jusqu'à la dernière goutte. Quand ce fut fait, elle me tend une fourchette pour que je puisse manger la part de gâteau. C'est au dessus de mes forces, mais sous son regard noir, je m'oblige à tout avaler jusqu'à la dernière miette. Au fur et à mesure que je sens la nourriture descendre le long de mon ½sophage, une boule se forme et grossit dans ma gorge. Je me dépêche de finir pour qu'elle cesse de me dévisager. Elle me laisse enfin seule dans la cuisine. Je sens mon estomac se tordre sous l'effet du sucre qu'il n'a plus l'habitude d'ingurgiter, mon ventre gargouille. Chez moi, ce genre de chose n'annonce rien de bon.
___Ma bouche se crispe. J'ai envie de vomir. Il faut que je vomisse. Que cette nourriture dégage de mon estomac. Mes yeux se posent sur la porte de la cuisine qui mène à la cour. Je me rends immédiatement à l'extérieur, manquant de faire basculer une chaise lors de mon passage éclair.
___L'air froid me fouette le visage. Les poils de mes bras et mes cuisses s'hérissent. J'avais oublié ma tenu, j'ai froid mais qu'importe. J'appuie mon bras gauche contre le mur et enfonce ma main droite à l'intérieur de ma gorge. En quelque seconde, mon mince repas éclabousse le sol.
___Je me redresse et m'adosse contre le mur. Un sourire se dessine sur mes lèvres, je me sens mieux. On ne peut pas s'imaginer à quel point on se sent revitaliser après. Je ferme les yeux. Le chien de ma grand-mère Tango me tourne autour et se met à me renifler, ainsi que ce qui se trouve à mes pieds. Dégueulasse.
« Bonne appétit. »
___J'ouvre aussitôt les yeux. Un espèce de morfale sur patte se tient devant moi. Il se tient sur le seuil de la porte de la cuisine et croque à pleine dent une part de gâteau. Je lui lance un de mes regards les plus méchants, celui de l'indifférence. Il ne trouve rien de mieux à faire que de me sourire, bêtement.
« C'est Emma qui va être satisfaite d'apprendre le passe temps favoris de sa p'tite fille, se contente-il de dire en braquant ses prunelles vertes sur mon visage.
- T'as intérêt à la boucler, m'écrié-je à bout de nerf.
- T'en veux ? me demande-t-il en me tendant sa part de gâteau. Ah ouais, non, ça serait con de gaspiller. »
___Il me jette un sourire moqueur avant de rentrer à l'intérieur de la maison. Je me lance aussitôt à sa poursuite bien décidée à le faire taire. Qu'il ne répète pas ce qu'il vient de voir à n'importe qui. Je déboule dans le salon, tous les regards se braquent sur moi. Je suis en sueur, le moindre effort me coute en ce moment. Je fais le tour de la pièce du regard, mais personne.
« Quelque chose ne va pas ? s'enquiert la mère de la soi-disant Annabelle.
___Je ne réponds pas, et lui passe devant. Les gens me regardent avec un air indigné. C'est bon, j'ai baissé dans leur estime. Tant mieux.
___Je m'arrête devant la table des commères. Trois vieilles sont assises sur le vieux canapé tout usé du salon. Elles m'ont tout l'air de partager quelque chose de palpitant me concernant. Je m'assois sur un siège, pour entrer dans la discussion. Elles sont tellement passionnée par leur ragot de vieille qu'elles ne se rendent pas compte de ma présence.
« Quelle est désagréable !
- Son enfance idyllique a du lui monter à la tête.
- Elle, qui était si mignonne étant plus petite !
- Grandir dans la richesse n'est pas une bonne chose pour les enfants, vous êtes bien d'accord avec moi ?
- Tout à fait raison, on est mieux loin de la ville et de toute sa technologie.
- Je suis entièrement d'accord avec vous !
»
___Toutes les têtes se tournent vers moi. Elles se dévisagent toutes, gênées.
« Je dirais même plus, qu'habiter en ville est une situation condamnable car elle pervertit l'âme des honnêtes gens.»
___Je me relève et m'apprête à remonter les escaliers pour m'enfermer dans l'ancienne chambre de mon père, qui est décidément la pièce où je me sens le plus à l'aise, mais j'ajoute avant :
« Je ne fais que passer, continuez, dis-je en les incitant de la main, faites comme si je n'étais pas là ... de toute façon je ne suis pas là, reprends-je plus bas pour moi même en grimpant les marches quatre à quatre. »

# Posté le jeudi 09 avril 2009 14:58

Modifié le samedi 01 août 2009 05:54

Et je vois tour à tour, réfléchis sur ton teint la folie et l'horreur, froides et taciturnes.

Et je vois tour à tour, réfléchis sur ton teint la folie et l'horreur, froides et taciturnes.
Musique :_Lonely - Yael Naim ____( Je suis loin d'être convaincue par la musique, dîtes moi si elle ne s'accorde vraiment pas ! )

__Je me suis réveillée le lendemain, dans un état beaucoup moins secondaire que les jours précédant. J'avais soudain l'envie de bouger. Enfin bouger. Pas dans le sens à faire un marathon au beau milieu de la campagne. Non, juste une soudaine envie de communiquer avec quelqu'un, ce qui ne m'arrive pas souvent. Surtout ici.
__J'enfile une chemise de nuit et descends jusqu'au rez-de-chaussée, bien décidée à en faire bénéficier ma grand-mère quelques minutes.
__Je descends les marches silencieusement. J'entre dans la cuisine. Ma grand-mère est installée à la table, elle épluche des patates. Le carrelage est glaciale, ayant oubliée de prendre des chaussettes, je suis tout bonnement gelée. Je m'assois en face d'elle, et la fixe. J'aime dévisager les gens et les voir gêner sous le poids de mon regard.
__De temps en temps, elle lève les yeux discrètement en ma direction. Son mal-être est palpable. Depuis mon arrivé c'est la première fois que l'on se retrouve seule dans la même pièce, passant le plus clair de mon temps dans ma chambre où dehors, même mes minces repas je les prenais seule.
__Ses lèvres bougent mais aucun son ne s'en échappe, je sens qu'elle veut me dire quelque chose. Elle ouvre la bouche, puis la referme. Elle échappe une patate qui roule jusqu'à moi. Je pose ma main dessus et la lui renvoi. Je souris malgré moi devant la scène. C'est d'un comique.
« Tu as faim ? m'interroge-t-elle enfin. »
__J'en étais sur. Voila la seule chose à laquelle elle pense en ma présence. Me nourrir. Me nourrir pour oublier et se dire que tout n'est qu'illusion. Que cette maigreur et cette pâleur extrême n'est qu'un cauchemar. Me gaver, pour effacer de sa mémoire ce squelette sans forme et sans couleur corporelle qui a prit l'entière possession de son innocente petite Clémence. Je ne suis plus que l'ombre de ce que j'ai pu être, et ça cela la rend malade. Car à travers moi, il y a ces yeux. Ces yeux qui la faisaient pleurer quand elle me regardait étant petite. Et ça la tue de voir cette lueur en moi. Ça la tue de constater que la seule autre personne qui porte ses yeux tant chéries, n'est plus qu'un être sans vie qui attend avec impatience le moment où la mort lui sourira et lui dira d'une voix apaisante « C'est ton tour ».
__Je me lève en faisant tomber la chaise sur laquelle j'étais assise, et m'agenouille devant elle. Je prends son visage tout ridé, et plaque mes mains contre ses joues mollies par la vieillesse. J'écarquille les yeux de sorte qu'elle ne puisse voir que ça.
« Clémence ... que fais-tu ? ose-t-elle demander.
- Parle-moi de leur couleur. »
__Elle ôte mes mains de son visage, ses yeux brillent. Elle passe ses doigts dans mes cheveux pour dégager mon visage transpirant.
« Que veux-tu Clémence. Qu'est-ce que tu attends au juste ?
- Rien. Je n'attends plus rien.
»
__Une larme roule le long de sa joue. Elle hoquète de douleur avant de sangloter silencieusement sous mon regard. Je m'assois par terre, et la laisse pleurer. J'enroule mes bras autour de mes genoux, cherchant un brin de chaleur contre ce carrelage glacial.
« Je ne te reconnais plus. Ca fait un mois que tu vis ici, chuchote-t-elle, et je ne te connais pas.
- Y a rien à savoir
, dis-je froidement.
- Tu ne vas pas continuer comme ça. Regarde-toi. »
__Je ris. Un rire grave à glacer le sang de n'importe qui.
« Tu veux que je mange, c'est ça ? Tu te sentirais mieux si j'ingurgitais des tonnes de bouffes. »
__Elle acquiesce du menton, tout en se mouchant avec un vieux bout de tissu. Je me lève et me dirige vers le frigo. J'en sors une conserve, je la décapsule. Elle me regarde, interloquée.
« Maintenant je vais manger, annoncé-je. »
__Je trempe mon doigt dans la mixture gélatineuse et l'enfourne en plissant les yeux. J'avale. Puis, j'introduis la totalité de ma main dans la boite et en ressort une poignée que je fourre dans ma bouche. Je plaque mes doigts contre mes lèvres pour m'empêcher de recracher, et déglutit. Je respire bruyamment, et lui sourit. C'est fait, j'ai mangé. J'attrape la conserve et renverse le reste dans la gamelle du chat. Rendons à César ce qui est à César. Ironie du sort, le chat s'appelle César.
« Cette fois-ci, je te promet de tout garder, lui dis-je en me tapotant le ventre. »
__Elle me regarde passer la porte de la cuisine, elle est tout simplement horrifiée par mon comportement. Tango, son chien, m'aboie avant d'avancer lentement à ma rencontre. Je tends ma main qu'il renifle avant d'abaisser la tête pour que je puisse le caresser. Mes genoux lâchent, et claquent contre le sol. A mon tour, je ne peux retenir mes larmes. Le chien couine, et me lèche la joue, pensant sûrement m'apaiser. Je ne suis pas très bête à poil, mais qu'importe.
__Les minutes passent, et elle sort, ne pouvant plus rester à l'intérieur en me sachant seule dans le froid.
« Rentre maintenant. »
__Je fais non de la tête avant de me mettre à courir dans le sens opposé, vers la forêt. Je cours, ma chemise de nuit fouettant mes jambes dans un bruit sec accentué par le vent. Mes cheveux humides se plaquent contre mon visage. Je dépasse l'orée et m'enfonce à l'intérieur, disparaissant aux yeux de tous. Il vient de pleuvoir, les feuilles se collent sous mes pieds nus. Impression désagréable de marcher sur un toboggan. Les branches griffent mes bras. J'ai mal. Tango me suit à la course. Tant pis. Courir pour fuir, courir pour tenter d'oublier. Tout. J'aimerais qu'il ne me reste plus rien.
__J'aboutis enfin au grand lac, noirci par le froid et la couleur du ciel. Je marche jusqu'au ponton et avance lentement sur les planches de bois. Au fur et à mesure que je me rapproche de l'extrémité du ponton, j'entends Tango aboyer. Il ne peut me suivre, il a toujours eu une peur bleue de l'eau. Arrivée au bout, j'ôte le seul tissu qui me sert de vêtement et plonge.
__Dès le premier contact de l'eau contre ma peau, j'ai l'impression de recevoir une gifle. Comme si quelqu'un s'amusait à frapper violemment chaque parcelle de mon corps. Je la laisse m'engloutir, oubliant la température. Mes tempes battent à mort. Mes membres s'engourdissent. J'attends jusqu'à plus d'air, jusqu'à brulure de mes poumons. Il faut que je souffre.

__Je sens un mouvement autour de moi, et bien que l'eau assourdisse le moindre bruit, je perçois des brassements ainsi que les interminables beuglements du chien. J'ouvre les yeux, l'eau verdâtre m'empêche de distinguer nettement, mais je parviens à apercevoir une ombre par-dessus moi. Une main m'attrape le poignet et me tire. Je me débats, lance mes jambes au hasard espérant toucher quelque chose. L'ombre me serre contre elle, je frappe et hurle mais tout ce que j'arrive à faire c'est boire la tasse, déversant ainsi un nombre incalculable de bulle vers la surface. Commençant à vouloir reprendre ma respiration, fatiguée de lutter, je laisse l'eau prendre possession de ma gorge.
__Et à contrec½ur je la laisse m'agripper, m'abandonnant, à bout de force.

# Posté le lundi 11 mai 2009 08:07

Modifié le mardi 03 novembre 2009 11:34